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Je suis de Verfeil

Sandie Keignaert

Photo de Jikabo
Photo de Jikabo

J’habite Verfeil, je suis réalisatrice, spectatrice du monde et des autres, je suis d’ici et d’ailleurs, je suis de partout et de nulle part à la fois, je n’aurai jamais honte de qui je suis ni d’où je viens… Je fais partie de celles et ceux qui ont quitté la capitale après le Covid. C’est avec enthousiasme que je me suis installée en famille dans ce si beau département qu’est le Tarn-et-Garonne. Ce territoire, nous l’avons choisi parce que nous le connaissons – nous y avons des proches, de nombreux amis – et nous avons été séduits par la dynamique culturelle, artistique et sociale qu’on peut y trouver.

Il y a deux ans, nous nous sommes installés dans un lieu-dit sur les hauteurs de Verfeil, ce qui nous permet de voir ce qui s’y passe avec un peu de recul. Nous avons été accueillis à bras ouverts par la plupart des habitants et par différentes associations qui ont grandement contribué à notre intégration au sein du village et plus largement.

Peu après notre arrivée, nous avons entendu des « rumeurs »… Ces rumeurs, je ne les détaillerai pas : le faire, c’est déjà y prendre part. Le sociologue et philosophe Edgar Morin, « sage parmi les sages » qui a notamment écrit à propos de la « rumeur d’Orléans »1, le dit très justement : « La rumeur, c’est comme un feu impossible à éteindre. » Dans les champs du Tarn-et-Garonne, le feu suit la mèche…

Ces rumeurs ont embrasé le village et ses alentours ; des personnes d’horizons très divers, des personnes qui ont créé des emplois, qui ont œuvré pour l’intérêt général, culturellement et socialement, ont été vilipendées et le sont encore aujourd’hui. Concomitamment à ces racontars, les subventions d’associations n’ont pas été renouvelées avec un impact considérable sur la dynamique socioculturelle du village et de ses environs. Dans la foulée, d’autres habitants ont eu l’impression d’être stigmatisés à leur tour.

Pour prendre la mesure de ces rumeurs inacceptables supposément relayées par certaines administrations, il suffit de venir à Verfeil, à Varen, à Lexos pour rencontrer la population et les associations. Discuter en toute simplicité, boire un café avec les habitants permet de comprendre la situation et la dynamique du village.

En regardant de plus près les profils des personnes ciblées par la rumeur, je me rends compte qu’elles sont en majorité des femmes. Et en tant que femme, je dois avouer que ce constat me laisse perplexe…

Les rumeurs continuent de se propager et empêchent aujourd’hui les artistes et les acteurs culturels, dont je suis, de travailler. Je peux travailler partout, c’est vrai, mais ce que je souhaite, c’est travailler chez moi, créer de l’emploi ici et pas ailleurs, mettre mon savoir-faire au service des habitants pour enrichir notre territoire commun. Adhérente à la TGAC (Tarn-et-Garonne Arts & culture), je souhaite développer et porter des projets culturels avec le soutien des collectivités, comme je l’ai fait auparavant en région parisienne ; aujourd’hui, j’habite Verfeil : le pourrai-je ?

Dans ce contexte délétère post-Covid, où un confinement sans précédent dans l’histoire de l’humanité a favorisé le repli sur soi, la méfiance, la peur et parfois la haine de l’autre, l’art, la culture et le tissu associatif sont plus que jamais nécessaires. Le partage, le rassemblement sont des remèdes à la crise de la cohésion sociale que nous traversons actuellement à l’échelle nationale.

Sandie Keignaert

1. NDLR : Cette rumeur délirante racontait, en 1969, que des jeunes femmes étaient enlevées dans les cabines d’essayage de plusieurs magasins de vêtements d’Orléans, tous tenus par des Juifs, en vue de les prostituer à l’étranger dans le cadre de la traite des Blanches.

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